Je vois la vie en Vosges, 204 km/10000 D+
Nous y voilà. Après 6 mois de préparation et après avoir franchi la ligne samedi vers 22h, je vais revivre cette course, vous la narrer.
Sans trop de photos ou de vidéo, des mots comme mes pas, l'un après l'autre.
La course commence avant, bien avant....Planification de l'hebergement, congés au taf en periode de rentrée, trouver l'assistance... Tout cela a été bouclé avant l'été.
Lundi 4 et mardi 5 ont été consacrés aux sacs, ceux que j'allais retrouver à chaque base vie (les petites maisosn bleues sur le dessin au dessus): 3 sacs, un pour le vendredi, 1 pour la nuit de vendredi à samedi et enfin un pour samedi. Un check méteo m'a fait mettre ma Bonatti dans le sac nuit, ce fut une bonne idée.
Pourtant habitué aux départ d'ultra, récupérer le dossard d'un 200 km me fait croire que je ne pars pas ce jeudi à 00H00
J'apprend que je ne retrouverai pas le sac du samedi à la base vie prévue, c’est à dire à Les Tronches mais de nouveau à l'Ermitage, il y aura donc des ajustements à faire en course.. Rien de bien grave ....
Donc sieste, repas, douche, re sieste et derniers réglages du sac, de l'assistance ( des points de rendez - vous), il fait frisquet sur la ligne de départ et le joli feu d'artifice ne me réchauffera pas.
Un décompte en anglais et ...ma voilà en train de galoper sur le bitume de Saint Nabord avec 124 autres coureurs, 200 km devant moi...
Que dire de cette première nuit? Que les 3 premières difficultés seront à l'image des autres: "droit dans le pentu", montées seches, en ligne droite, dans la foret...Il faut pousser fort sur les bâtons. La lune jaune accompagne ce drôle de défilé.
Finalement, le jour arrive rapidement et je me retrouve vers 9h30 du mat' à la premiere base vie, l'Ermitage du Frere Joseph, petite station de ski.
Je suis marqué par cette nuit et l'arret va me requinquer...
Finalement, la course a véritablement commencé à partir de ce moment, il me faudra 7 heures pour rejoindre le ravito du Grand Ballon, 7 heures pour faire 35 km...
La montée du Markstein marquera les premières hallucinations et les endormissements en marchant...Durant la montée même, je me suis arrété pour dormir 5 minutes, assis sur une souche...Arrivé au raitaillement, je fais le choix de dormir 15 minutes avant d'attaquer la montée du Grand Ballon: chose faite sur la banquette avant d'un camion de l'organisation avec une couverture de la protection civile....Bon choix puisque 3h plus tard, je rejoins la ferme du Haag, au pied du Grand Ballon. Il y a un vent froid, les coureurs grelottent en buvant leurs soupes.
Cette montée me fera découvrir les cascades de Seebach et le lac du Ballon, c'est de l'eau non stop, d'abord le long des cascades puis au sommet, arrivée au lac qui se situe en pleine nature , au soleil de ce vendredi.
C'est la redescente vers la vallée et Saint Amarin. Je prend le temps de me restaurer, la nuit pointe son nez et je n'ai qu'une Tikka simple pour rejoindre la prochaine base vie, Rouge Gazon.
Il nous faudra 4 heures pour rejoindre ce point, une longue et interminable monté dans la fôret en compagnie d'autres coureurs, les kilomètres s'étirent; c'est la colère qui me fait avancer, j'ai des jambes de feu et ma vitesse n'est que de 2,91km/h. La trace s’éternise dans la foret et sur un long chemin en balcon, mes yeux se troublent et les hallucinations reprennent de plus belle; la foret se prête merveilleusement bien aux formes les plus ahurissantes les unes que les autres: visages, animaux...Je suis bien content d'arriver à Rouge Gazon.
Dans l'ordre: douche, médecin, repas et dodo, le tout en une heure.
Descente ...et remontée vers Drumont. Seul puis accompagné, je lutte pour ne pas m'endormir: je m'attelle à un compagnon de route pour discuter et rester éveillé. Le vent sur les Hauteurs nous surprendra pas sa soudaine violence. A Drumont, je décide de dormir 15 minutes après m'être restauré. Un gars qui dormait se réveille et abandonne.
La présence de l'assistance permet de m'extraire un peu de la course et est réconfortante, je repars pour 12 km de solitude et je rejoins de nouveau l'Ermitage, il m'a fallu 7h20 pour faire 34 km. Il fait jour. Je suis au 140ième km et la partie est presque gagnée, il pleut maintenant.
Petit dej', massage, changement de vêtements...Je ne reste pas trop même si je m'endors sur la table de massage pendant 20 minutes.
Cela redémarre très fort avec un "droit dans le pentu" sur une piste de ski et un petit 200m de D+...Cela se poursuit sur les hauteurs, une ambiance de landes dans le vent et la pluie, je ne m'attarde pas.
A Pré Choffé, je passe les 150 km, cap psychologique pour aller jusque l'arrivée. Il me faudra 3h45 pour faire les 14 km suivant... Je commence à être exténué, un nouveau "droit dans le pentu" après le ravito de Reherrey m'a fait plié.
C'est à ce moment que je rencontre Eric, je cherche à discuter car je suis de nouveau dans un cycle d'endormissement, l'arrêt à Les Tronches m'avait pourtant permis de me redonner un peu de punch (avec en guise de gouter des pommes de terre au fromage rapé), malgré un massage mal exécuté par un jeune kiné sur le Facia Lata gauche et une cloque au talon droit qui insoignable à ce moment se révélera très handicapante en fin de course.
Séquence de fin: Eric m'annonce très vite qu'il me conduit à l'arrivée, la discussion prend de la consistance autour de la course à pied, il m'explique qu'il est marathonien...Les sujets s'enchainent, nous avançons mais les douleurs me rattrapent, les descentes sont un calvaires car j'ai les cuisses en feu; mon compagnon de route m'encourage et soutient que j'ai un bon rythme.Mon souhait d'arriver avant les 40 h de course s'est éloigné depuis un petit bout de temps déjà.
La dernière partie de la course me semble être une blague tant j'ai l’impression de ne pas avancer, les montées se succèdent, les 2 premiers coureurs du 120 km nous doublent et fondent dans le noir vers la voix du speaker qui résonne au loin.
Enfin une descente, la pluie se décide enfin à re-tomber...Peu m'importe, Saint Nabord éclaire la nuit, cette course est à moi.
Cette course est pour vous, pour vous inviter à prendre du plaisir sur les chemins et dans les rencontres que nous y faisons. Pour inviter à regarder la nature, les forets traversées ici sont superbes de verts et de bruits comme des discussions entre les arbres...Pour vous inviter à réaliser vos objectifs, en sport ou dans d'autres domaines...
Video de mon arrivée





