Au bout de la Drôme, au bout de soi 3ème et dernière partie
Arrivé sur place 5 jours avant la course, j'ai pu aller gambader sur les chemins aux alentours de Beaufort sur Gervanne. Se ré - habituer aux chemins caillouteux ou tortueux est nécéssaire quand on réside dans le "grand plat".
La Drôme, un département idéal pour le trail. Je le sais depuis quelques années déjà.
et le weekend va venir confirmer cela.
Avant cela, j'ai affronté des démons plus personnels qui ont rendus mes nuits pénibles et courtes, ce qui n'est pas le top quand les épreuves prévues sont de 111 km et 7100 m de d+ et un maratrail de 43 km et de 1300 d+.
3 beaux jours me feront parvenir à garder mon calme, quoique...
Retrait des dossard vendredi, la pression commence à se faire sentir.
Bref, samedi matin, je me retrouve debout à 1h devant mon sempiternel bol de flocon d'avoine. Puis direction Crest....En route !!!
La nuit et la matinée seront fraiches, une légère couverture nuageuse stagne sur la vallée et sur les 3 becs. La première difficulté aux alentours du 20ème kilomètre est marquante: la piste se transforme en single qui se transforme...en droit dans la pente et sous les buis, dans une terre poussiéreuse sur au moins 200m....Il est 5 h du mat'...
S'en suivent 40 kilomètres de pur trail entre single et pistes, chemins ouverts pour cette course, avec des ravitos tous les 15 km en moyenne permettant des repères dans le temps et la distance.
Les nuages se dispersent enfin...et le soleil soudain se rappelle à notre bon souvenir, juste avant Saillans et 3 km à 14 % - que j'ai eu la chance de découvrir par hasard 3 jours auparavant.
Hauts les cœurs, je sais qu'après cette difficulté, je retrouve l'assistance familiale...une superbe descente, de beaux lacets et 12h sonne, je suis dans les temps. Je me change entièrement, recrémage des pieds, et petit encas....Il faut déjà repartir !
La montée vers La Chaudière me prendra plus de 3 heures, au soleil, face aux falaises à gravir après. De nouveau, nous naviguerons entre chemin de rando typé montagne, single couloir et piste ....Il faut de tout pour faire un trail. Il faut surtout un mental d'acier parce qu'à ce moment là je pourrais écrire que mes jambes commencent à être en béton...Non, non...le ventre tient le choc aussi...Mais les souvenirs affluent d'un coup et il faut les disperser rapidement....Un ruisseau et de l'eau fraiche feront l'affaire: la casquette est trempée, le visage aussi, cela fait du bien...Et cela se reproduit à La Chaudière grace à une belle fontaine....Envie d'y plonger.
C'est reparti pour le gros bloc du parcours, et je vais en venir aux mains pour arriver en haut de de l'étroit passage de Picourère (Y'a du gaz !!!) et entrer dans le vaisseau de pierre et la forêt de Saou. La vallée s'étale devant moi, il est 17 h passé. Sublime !
Descente vers le ravito de Saou, nous nous enfonçons dans le cœur de ce synclinal perché, nom de cette particularité géologique. Mes peids commencent à trouver les cailloux, la fatigue guette, des gars me doublent...
Un regard à ma montre m'indique que nous sommes au 97 ème, le ravito est censé être au 94 ème....Un autre coureur me dit qu'il reste 4 heures de courses. Je repars pour éviter de m’énerver et pour avancer. Ce même coureur me rattrape et nous faisons un long bout de piste en descente aux alentours du 100ème. Il me plantera dès le début de la montée du Pas du faucon, 200 m de D+ en 1 km.
Descente vers Aouste et le centre équestre, la nuit tombe et je suis content de retrouver l'assistance et surtout une frontale, moi qui pensait ne pas en avoir une dans mon sac. Je largue aussi mes bâtons.
Finir en courant, n'est - ce pas un rêve? Et bien celui ci se réalise après 19h de course...j’atterris sur une scène où se déroule un numéro de magicien les spectateurs...Le speaker me remet sur scène, ovation...
Retour location, douche et gros dégueuli, je vais me coucher !
Le réveil sonne 6 heures, je n'ai pas de doutes.
9h, le peloton s'élance, mon corps se demande ce qu'il fait là et pourtant c'est la réalité, la route se met à grimper. Les 20 premiers kilomètres se sont pas un défi, ils servent à retrouver un souffle...Et ça marche jusqu'au 23 ème, les minutes passent et je cours. La première difficulté aura raison de moi. Piste interminable, répétitions de montée, j’arrive au 27ème exténué et je craque, physiquement et mentalement. Et c'est là qu'ont lieu les miracles, une bénévole (croisée de loin la veille vers Saou (j'avais repéré les 4*4) va s'occuper de moi, me donner à boire et à manger...Il y a aussi un prêtre déguisé en traileur, image incongrue. Sans me confesser, je repars en tremblant, descente caillouteuse mais avec un point d'eau salvateur. Montée à ce que j'appelle pour moi - vu mon état - au pas de charge et enfin dernières descente vers Crest.
Je fais le dernier kilomètre avec mon fiston, ça me transporte !!!!
6 heures d'efforts et je boucle ce maratrail et ce challenge.
http://www.movescount.com/fr/moves/move61947011
http://www.movescount.com/fr/moves/move61946872
Derrière tout cela, il y a des personnes qui m'ont soutenu, encouragé, je vous remercie.
Spéciale dédicace !!!
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